Ce serait comme écrire une lettre à quelqu'un que je n'aurais vu depuis longtemps. Lui demander « hey, toi, dis donc, qu'est-ce que tu deviens ? Tu ne donnes jamais plus de nouvelles ! » Bien sûr, ça ne voudrait pas forcément dire qu'elle me manquerait. Ou alors si, juste un peu. Un tout petit peu.
Je me souviendrais d'elle, et de ses rocambolesques aventures amoureuses. D'elle, et de sa carapace de endurcie. Elle sortait tous les week-ends. Elle buvait trop, et riait fort ; mais au fond d'elle, je me souviens maintenant, ça la mordait d'être si vide.
Elle était le genre de fille à penser qu'être seule, c'est être libre. Mais la solitude la stigmatisait. On pointait le doigt sur elle, l'air de dire : « t'as vu, elle n'y arrive pas. Elle sait pas le faire. Elle gardera jamais personne. Jamais personne l'aimera assez fort »
Je me souviens d'elle très bien, à vrai dire. Elle prenait des heures pour noircir des pages virtuelles de ses questions, de ses doutes, des ses douleurs. Elle était seule, et personne ne l'attendait. Et personne ne l'aimait comme elle le voulait. Et ça, oui, je me souviens, ce que ça pouvait la briser. Le trop peu d'amour. Elle, en fait, elle ne donnait rien, parce qu'elle savait que ça ne servait à rien. Et à force de meurtrissures, elle est repartie avec son petit baluchon de grands sentiments sous le bras, et puis voilà, elle marchait seule. Toute seule. En espérant juste, dans une idéalisation toute faite de pureté, ses grands yeux clairs tournés vers la lune, qu'elle viendrait un jour, qu'elle viendrait bientôt, celle qui l'aimerait assez.
Elle était seule. Elle espérait. Elle écrivait. Elle se figurait.
Elle ne me manque pas, parce qu'elle est toujours là.
Parce que oui, toute idéaliste qu'elle était, elle n'imaginait pas que ça puisse être difficile, douloureux, même avec de l'amour, de déposer son petit baluchon plein de grands sentiments chez quelqu'un d'autre que soi-même.
Quelque fois, je la revois, seule dans sa chambre, plongée dans le noir, à écrire fiévreusement. C'est peut-être ce qui me manque le plus. Je ne sais plus écrire comme elle. Je relis ses textes d'avant parfois, et ça me mord le c½ur en pensant que je ne sais plus le faire.
Pourtant, c'était pas grand chose, ça a l'air de si peu, juste quelques vers, comme ça, jetés sur le papier. Oui mais, voilà, c'était déjà ça. Aujourd'hui, il n'y a plus rien que des traces. Traces des mots d'avant. Dans sa bouche, dans ses veines. Traces des mots que je ne sais plus dire, moi qui ne suis plus seule.
Ce soir, c'est étrange, je la retrouve un peu enfin. Je suis assise là, et je me confie enfin à elle.
Tu sais, je me bats tous les jours, et je ne t'ai pas oubliée. Non, je ne t'ai pas oubliée, toi qui t'allongeais sur le sol, avec la lumière de la nuit sur la figure, pour te donner l'illusion du romanesque. Je n'ai pas oublié tes attentes, tes prières, tes murmures de pauvre naïve passionnée.
Quelque fois, ils me reviennent plus fort, et ça me fait comme une vague immense, qui se lèverait du fond de moi pour engloutir ce que je mets tant d'énergie à bâtir.
Tu sais, l'amour, c'est bien, si, si, écoute-moi. C'est bien, ça fait tourbillonner, même si il y a de grands éclats, de grandes démonstrations. Oh, si, je te jure...
Toi, tu confondais tout. Et tu me fais même douter, parfois. L'amour, c'est la passion. De toute façon, tu voulais pas m'écouter à l'époque, mais j'ai toujours été faite pour brûler de passion.
Après tout, on a toujours voulu être heureuse, non ?